Adultère au Maroc : peine légale et procédure judiciaire
L'adultère est une infraction pénale au Maroc. Selon le Code pénal marocain publié dans la base de données WIPO Lex, l'article 491 punit tout époux entretenant une relation sexuelle hors mariage d'une peine d'emprisonnement de un à deux ans. Cette poursuite n'est pas automatique : elle exige le dépôt d'une plainte personnelle par le conjoint lésé, sans laquelle le parquet ne peut agir d'office.
Qu'est-ce que l'adultère dans le droit marocain ?
L'adultère, au sens du droit marocain, est le fait pour une personne liée par un mariage valide d'entretenir une relation sexuelle avec un tiers. L'article 491 du Code pénal classe ce comportement parmi les infractions correctionnelles (jnha), ce qui le distingue de la débauche visée à l'article 490, laquelle concerne les relations entre personnes non mariées. Le fondement de la qualification repose sur l'existence d'un acte de mariage légalement valable au sens du Code de la famille (Moudawwana).
Article 491 versus article 490 : quelle différence ?
Les deux infractions sont souvent confondues. Le tableau ci-dessous présente leurs distinctions essentielles, absentes chez la plupart des sources concurrentes.
| Critère | Art. 490 — Débauche | Art. 491 — Adultère |
|---|---|---|
| Personnes visées | Deux personnes non mariées | Au moins un conjoint marié |
| Titulaire de la plainte | Ministère public (action publique) | Conjoint lésé uniquement |
| Peine d'emprisonnement | 1 mois à 1 an | 1 à 2 ans |
| Prescription | 5 ans | 5 ans |
Point déterminant : si le conjoint trompé décide de pardonner et retire sa plainte, les poursuites pour adultère s'éteignent automatiquement. Ce mécanisme est propre à l'article 491 et n'existe pas pour la débauche.
Les éléments constitutifs de l'infraction d'adultère
Trois conditions doivent être réunies pour que la qualification d'adultère puisse être retenue : un acte sexuel effectif (élément matériel), la conscience d'être marié ou de l'être avec son partenaire (élément moral), et l'existence d'un mariage valide au moment des faits. L'absence de l'un de ces éléments fait obstacle à toute poursuite.
L'élément matériel : la relation sexuelle avérée
L'infraction n'est constituée que par une relation sexuelle physique et avérée. Les comportements équivoques — flirt, embrassade, échanges affectifs — ne suffisent pas à caractériser l'adultère. Un arrêt marocain de février 2025, rapporté par Al Arabiya, l'a confirmé expressément : un baiser ne constitue pas à lui seul une preuve suffisante d'adultère au regard de l'article 493 du Code pénal marocain.
L'élément moral : l'intention criminelle
Le prévenu doit avoir agi en sachant qu'il était marié, ou que son partenaire l'était. Si l'un des deux ignorait de bonne foi l'existence du mariage de l'autre, l'élément intentionnel fait défaut pour lui, ce qui peut conduire à sa relaxe, quand bien même l'autre partie reste poursuivie.
La condition du mariage valide
Le mariage doit être valide au regard du Code de la famille marocain (Moudawwana). Un mariage nul ou putatif n'emporte pas la qualification d'adultère. À l'inverse, un mariage religieux non encore enregistré mais répondant aux conditions de fond du Code de la famille peut, selon les circonstances et l'appréciation du juge, fonder une poursuite.
La peine pour adultère — article 491 du Code pénal marocain
Selon le Code pénal marocain référencé dans la base WIPO Lex, l'article 491 fixe la peine d'emprisonnement pour adultère entre un an et deux ans. Cette fourchette laisse au juge correctionnel un pouvoir d'appréciation, notamment en tenant compte des circonstances, d'éventuels antécédents judiciaires et de l'attitude du prévenu lors de l'instruction. Aucune amende n'est prévue par ce texte, contrairement à l'article 447-2 qui sanctionne la publication de contenus intimes.

Comment prouver l'adultère ? L'article 493 du Code pénal
La règle de preuve est stricte et souvent méconnue. Le Code pénal marocain dispose à l'article 493 que l'adultère ne peut être prouvé que par deux moyens exclusifs : l'aveu judiciaire du prévenu, ou des écrits (maktib) émanant directement de lui. Aucune autre preuve ne suffit à elle seule pour fonder une condamnation, quelle que soit sa valeur morale ou factuelle.
Photos, messages et enregistrements : sont-ils recevables ?
Les preuves numériques (captures d'écran, messages WhatsApp, enregistrements audio ou vidéo, photos de réseaux sociaux) ne sont pas légalement suffisantes au sens de l'article 493 du Code pénal. Un tribunal marocain ne peut prononcer une condamnation pour adultère sur leur seule foi. L'arrêt de février 2025 cité par Al Arabiya illustre cette rigueur : une preuve qui ne répond pas aux critères de l'article 493 est écartée, peu importe son apparente évidence. Ces éléments peuvent toutefois appuyer une procédure civile de divorce pour préjudice.
L'aveu judiciaire et les écrits du prévenu : les seules preuves admissibles
L'aveu doit être formulé devant le tribunal ou consigné dans un procès-verbal judiciaire pour avoir force probante. Les lettres, courriels ou messages écrits émanant directement du prévenu peuvent constituer des maktib au sens de l'article 493, à condition que leur authenticité soit établie et non contestée. Un message modifié ou capturé dans des conditions litigieuses perd sa valeur probatoire. Dès le départ d'une procédure, l'assistance d'un avocat est déterminante pour sécuriser ces preuves et en garantir la recevabilité.
Déposer une plainte pour adultère : la procédure étape par étape
Seul le conjoint directement lésé peut déclencher la procédure pénale pour adultère au Maroc. La plainte est déposée auprès du parquet du tribunal de première instance du lieu de résidence des époux, ou auprès de la police judiciaire (Gendarmerie royale ou Sûreté nationale), qui transmet ensuite le dossier au procureur compétent.
Qui peut déposer plainte ?
La plainte pour adultère est une action strictement personnelle : elle appartient exclusivement au conjoint trompé. Ni un parent, ni un enfant, ni un représentant légal ne peut agir à sa place. Si le conjoint décède avant d'avoir déposé plainte, l'action s'éteint. De même, si le mariage est déjà dissous au moment des faits, la qualification d'adultère ne peut plus être retenue, faute de lien matrimonial subsistant.
Documents requis et procédure de dépôt
- Réunir la carte nationale d'identité (CIN) originale et une copie.
- Obtenir l'acte de mariage officiel (extrait ou copie intégrale délivrée par le greffe du tribunal de la famille).
- Rassembler tout écrit émanant du prévenu susceptible de constituer un maktib au sens de l'article 493.
- Rédiger ou faire rédiger une déclaration de plainte détaillant les faits, les dates et les lieux.
- Déposer la plainte au guichet du parquet du tribunal de première instance compétent, ou auprès d'une brigade de police judiciaire (Gendarmerie royale ou DGSN).
- Conserver le récépissé de dépôt ou le numéro de procès-verbal remis par l'officier de police judiciaire.
Peut-on retirer sa plainte ?
Oui. Le retrait de la plainte par le conjoint lésé met fin à toute poursuite pénale, à n'importe quel stade de la procédure. Ce retrait vaut pardon légal et éteint l'action publique à l'égard de l'époux infidèle et de son complice. La décision doit être formalisée par une déclaration écrite remise au parquet ou consignée au greffe du tribunal correctionnel saisi du dossier.
Le complice d'adultère est-il poursuivi pénalement ?
Oui. L'article 491 du Code pénal marocain vise non seulement l'époux infidèle mais aussi son partenaire, qu'il soit lui-même marié ou célibataire. Le complice encourt la même peine d'emprisonnement de un à deux ans. Sa mise en cause dépend de la plainte du conjoint lésé, et le retrait de cette plainte lui bénéficie au même titre qu'à l'époux infidèle.
Adultère par téléphone et internet : quel cadre légal ?
L'infidélité conduite exclusivement par messages, appels téléphoniques ou réseaux sociaux, sans relation sexuelle physique, ne tombe pas sous le coup de l'article 491 du Code pénal. L'élément matériel de l'infraction fait défaut. Ces comportements peuvent cependant constituer des éléments de contexte pris en compte par le juge de la famille dans une procédure de divorce pour préjudice (tatlik lid-darar) ou de discorde (chiqaq), sans pour autant fonder une condamnation pénale.
Publication de photos intimes liées à l'adultère : article 447-2
Diffuser ou menacer de diffuser des photos ou vidéos intimes pour exercer une pression sur un conjoint constitue une infraction pénale distincte, sévèrement sanctionnée. Selon le Code pénal marocain publié sur WIPO Lex, l'article 447-2 punit la publication de contenus privés sans le consentement de la personne concernée d'une peine de 6 mois à 3 ans d'emprisonnement et d'une amende allant de 2 000 à 50 000 dirhams. Cette infraction est indépendante de toute procédure d'adultère et peut être poursuivie d'office par le parquet, sans plainte du conjoint.

Impact de l'adultère sur le divorce et la pension alimentaire
L'adultère au Maroc peut fonder une demande de divorce pour préjudice (tatlik lid-darar) devant le tribunal de la famille, sur la base du Code de la famille (Moudawwana). Le juge apprécie librement l'incidence de la faute sur les droits patrimoniaux des époux : pension alimentaire, logement, compensation financière dans le cadre d'un divorce pour discorde (chiqaq). La garde des enfants peut également être affectée, selon l'intérêt supérieur de l'enfant apprécié par le tribunal. La condamnation pénale préalable pour adultère n'est pas obligatoire pour engager cette procédure civile.
Pour connaître vos droits dans ce contexte, consultez notre guide sur les délais et procédures du divorce au Maroc ainsi que la page dédiée aux droits de l'épouse dans le divorce amiable au Maroc.
L'infraction d'adultère se prescrit-elle ?
Oui. En tant que jnha (infraction correctionnelle), l'adultère au Maroc se prescrit par cinq ans à compter du jour de la commission des faits ou du jour où le conjoint lésé en a eu connaissance. Tout acte de poursuite ou d'instruction accompli dans ce délai interrompt la prescription et fait courir un nouveau délai de cinq ans. Passé ce terme sans acte interruptif, l'action publique est définitivement éteinte et aucune poursuite n'est plus possible.
Questions fréquentes sur l'adultère au Maroc
Quelle est la peine pour adultère au Maroc ?
L'article 491 du Code pénal marocain, tel que publié sur WIPO Lex, punit l'adultère d'une peine d'emprisonnement de un an à deux ans. Aucune amende n'est prévue par ce texte. La poursuite pénale ne s'ouvre pas automatiquement : elle exige le dépôt d'une plainte personnelle par le conjoint trompé. Sans cette plainte, le parquet ne peut pas engager de poursuites.
Peut-on prouver l'adultère avec des photos, des messages ou des enregistrements ?
Non. L'article 493 du Code pénal marocain limite les moyens de preuve à deux catégories exclusives : l'aveu judiciaire du prévenu et les écrits (maktib) émanant directement de lui. Photos, vidéos, enregistrements audio et messages électroniques ne suffisent pas à fonder une condamnation à eux seuls. Un arrêt marocain de février 2025 rapporté par Al Arabiya a confirmé qu'un baiser capturé ne constitue pas une preuve suffisante au sens de l'article 493.
Quelle est la différence entre l'adultère (art. 491) et la débauche (art. 490) ?
L'article 490 vise les relations sexuelles entre personnes non mariées et peut être poursuivi par le parquet d'office. L'article 491 s'applique dès qu'au moins l'un des deux partenaires est marié : seul le conjoint lésé peut alors déposer plainte, la peine maximale est plus élevée (2 ans contre 1 an), et le retrait de la plainte par la victime éteint automatiquement l'action publique, ce qui n'existe pas pour la débauche.
Peut-on retirer une plainte pour adultère après l'avoir déposée ?
Oui. Le conjoint plaignant peut se désister à tout moment de la procédure, avant ou pendant le procès. Ce retrait vaut pardon légal et éteint l'action publique, y compris à l'égard du complice. La décision doit être formalisée par une déclaration écrite remise au parquet ou consignée au greffe du tribunal correctionnel saisi du dossier.
Le complice de l'époux infidèle est-il poursuivi pénalement ?
Oui. L'article 491 du Code pénal marocain s'applique également au partenaire de l'époux infidèle, qu'il soit lui-même marié ou célibataire. Le complice encourt la même peine de un à deux ans d'emprisonnement. Sa mise en cause dépend de la plainte du conjoint trompé, et le retrait de cette plainte lui bénéficie dans les mêmes conditions qu'à l'époux infidèle.
Quelle est la peine pour avoir publié des photos intimes liées à l'adultère sur internet ?
La publication ou la diffusion de photos ou vidéos intimes sans le consentement de la personne concernée est sanctionnée par l'article 447-2 du Code pénal marocain (WIPO Lex). La peine prévue est de 6 mois à 3 ans d'emprisonnement, assortie d'une amende de 2 000 à 50 000 dirhams. Cette infraction est indépendante de toute procédure d'adultère et peut être poursuivie d'office par le parquet sans attendre de plainte du conjoint.
Peut-on demander le divorce pour cause d'adultère au Maroc ?
Oui. L'adultère peut être invoqué comme fondement d'une demande de divorce pour préjudice (tatlik lid-darar) ou de discorde (chiqaq) devant le tribunal de la famille, conformément au Code de la famille marocain. Le juge apprécie librement l'impact de l'infidélité sur la pension alimentaire, le logement et les indemnités, ainsi que sur la garde des enfants. La condamnation pénale préalable n'est pas une condition nécessaire pour engager cette procédure civile.
Quel est le délai de prescription pour l'infraction d'adultère au Maroc ?
L'adultère étant une infraction correctionnelle (jnha), le délai de prescription est de cinq ans à compter du jour des faits ou de leur connaissance par le conjoint lésé. Tout acte de poursuite ou d'instruction interrompt ce délai et en fait courir un nouveau de cinq ans. Au-delà de ce terme sans acte interruptif, l'action publique est définitivement éteinte.

